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Qualifié aux fonctions de maître de conférences (CNU, sections 17-18-71-72), docteur en philosophie de l'Université Paris Descartes (PhD, 2012), psychologue clinicien diplômé de l'Université Paris 7 Denis Diderot (DESS, 2005), professeur de philosophie de l'enseignement public (CAPES, 1998), diplômé en philosophie de l’Université Jean Moulin Lyon 3 (Maîtrise, 1997), ancien élève de classe préparatoire littéraire (Hypokhâgne-Khâgne, 1994), Stéphane VIAL est actuellement professeur titulaire de philosophie à l’École Boulle et chercheur en sciences du design, membre permanent de l'équipe de “Sémiotique des arts et du design” à l’Institut ACTE (UMR 8218, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne / CNRS).
Chargé de cours à l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, il enseigne la communication numérique et la médiation culturelle dans le Master Métiers des Arts et de la Culture, et exerce les fonctions de directeur artistique et directeur de projet dans le Master Multimédia Interactif. Ses recherches tiennent de la phénoménologie de la technique (appareils), de l’histoire et de la philosophie des technologies numériques (interfaces) et de la philosophie du design (Design Studies). Il est également fondateur et directeur de création de LEKTUM, agence de design interactif pour les métiers de l’art, de la culture et de la recherche.
Il a récemment publié "Court traité du design" (PUF, 2010).
Membre permanent de l'équipe de “Sémiotique des arts et du design”, dirigée par le Prof. Bernard Darras.
Directeur général, directeur de la création et directeur technique de l'agence de design interactif LEKTUM. Clients : Centre André Chastel (CNRS), Les Abattoirs (Musée d'art moderne et contemporain à Toulouse et FRAC Midi-Pyrénées), École Nationale des Ponts et Chaussées (LATTS), Fondation Maison des Sciences de l’Homme, Muséum National d’Histoire Naturelle, Observatoire des Mondes Numériques en Sciences Humaines, AIDES, ATTAC, Les Économistes Atterrés, CANAL Architecture...
Cours de direction artistique interactive et direction de projets multimédia en Master Multimédia Interactif (MMI). Cours de multimédia interactif orienté Web 2.0 en Master 1 Métiers des Arts et de la Culture (M1 MAC). Cours d'infographie en Licence 3 Métiers des Arts et de la Culture (L3 MAC). Cours d'initiation à la maîtrise d'ouvrage Internet en Master 2 Sciences et Techniques de l'Exposition (M2 STE).
Cours de philosophie en Terminales STI Arts Appliqués. Cours de philosophie appliquée au projet en BTS Design d'Espace, BTS Design de Produits, BTS Design de Communication Espace et Volume, DSAA Architecture intérieure, DSAA Design de Produits Mobilier. Accompagnement philosophique à la démarche de projet. Direction de mémoires.
Clients : Centre musical Fleury Goutte d'Or Barbara (Ville de Paris), École de musique ATLA, ATLA Le Village Musiques Actuelles, Coopérative artistique CLARA, Syndicat Français des Artistes-interprètes (SFA-CGT), La Gazette de Montpellier (ProEdito), CLMédical, Musique & Santé, Anne Thomas Bijoux.
Clients : Puerto Cacao, Intencity, Atelier 100, École Doctorale Recherches en Psychanalyse (Université Paris 7 Denis Diderot). Membre de l’Association pour la Promotion de l’Internet Non Commercial (APINC).
Urgences Néphrologiques et Transplantation Rénale, service du Prof. Éric Rondeau.
Professeur de philosophie en classes terminales des séries générales et technologiques : enseignement et préparation à l'épreuve de philosophie, correcteur et examinateur au baccalauréat. Auteur du manuel "Philosophie Terminale L, ES, S : Examen", Paris, Éditions Hatier, collection « Prépabac », 2005 (rééd. 2009, nouvelle édition 2012). Traduit en coréen par EZ-BOOK, Seoul, 2006.
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Mon travail de recherche et de réflexion sur le design prend de plus en plus d’ampleur. J’ai décidé de lui consacrer un blog dédié, sur lequel seront désormais concentrés mes billets de recherche. Je vous invite à y jeter un oeil dès maintenant, à l’adresse : www.designphilosophy.fr.
Quelques billets récents y sont repris, en plus de quelques annonces d’actualité, en attendant de nouvelles contributions sur lesquelles je suis en train de travailler. Si vous êtes concerncés par ce domaine d’étude, abonnez-vous au flux RSS et inscrivez-vous à l’alerte e-mail !
Il y a quelques jours, est sorti en librairie le dernier livre d’Éric Sadin, L’humanité augmentée : l’administration numérique du monde, un ouvrage auquel je me dois de prêter attention, à quelques mois de la sortie du mien, L’être et l’écran : comment le numérique change la perception (à paraître). Ayant prévu de faire un compte-rendu circonstancié de l’ouvrage pour la revue Interfaces numériques, je me contenterai ici de quelques remarques sur le trading algorithmique, qui semble l’exemple privilégié d’Éric Sadin lorsqu’il s’agit d’illustrer que nous déléguons de plus en plus notre pouvoir de décider aux machines, à l’heure de “l’administration numérique du monde”.
Un excellent article vient justement de paraître dans Le Monde, qui fait le point avec force détails sur cette nouvelle pratique financière, très en vogue depuis une dizaine d’années. On l’appelle soit “trading algorithmique”, soit “algotrading” soit ”trading à haute fréquence” (HFT, High Frequency Trading) :
Cette pratique repose sur des machines capables d’exécuter des ordres à toute vitesse et de tirer ainsi profit des écarts de prix minimes sur les valeurs. Ces outils d’un nouveau genre arbitrent, fractionnent, achètent et vendent. L’ échelle de temps est le millième de seconde et les moyens reposent sur des formules mathématiques complexes.
Si l’on en croit Éric Sadin et la présentation officielle de son ouvrage, ces machines seraient :
des robots clairvoyants […] habilités à prendre des décisions à notre place, contribuant à ce que s’opère une sournoise et expansive délégation de pouvoir aux machines, marginalisant une humanité dont les attributs intellectuels se trouvent pour partie débordés par ses propres créations.
Le problème, c’est que le fait d’attribuer une “clairvoyance” à ces robots repose sur une erreur de jugement. Ils n’ont aucune intelligence particulière par eux-mêmes. Pire : ils sont tellement idiots qu’il leur arrive de temps en temps de prendre de très mauvaises décisions, comme nous le rapporte Le Monde, en citant l’événement du 23 avril 2013. Ce jour-là :
le compte principal de l’agence Associated Press (AP) sur Twitter a été piraté par une mystérieuse “Armée électronique syrienne”. Près de 2 millions d’abonnés avaient reçu un message annonçant un attentat à la Maison Blanche, et le président Obama était donné pour blessé. Or les tweets sont surveillés par des outils informatiques de trading à haute fréquence qui réagissent à des mots-clefs. La combinaison de mots “explosions”, “Obama” et “Maison Blanche” a été perçue comme pouvant avoir “un impact significatif” sur la place financière. Des milliards d’ordres ont été retirés des marchés en quelques secondes. En trois minutes, Wall Street perdait 136 milliards de dollars (105 milliards d’euros) de capitalisation avant de se rétablir.
Des machines mal programmées incapables de modérer les algorithmes décisionnels lorsque des mots clef aussi importants que “explosions”, “Obama” et “Maison Blanche” sont inscrits dans un tweet. Une preuve évidente de leur manque total de clairvoyance. À tel point que, pour éviter absolument de perdre de l’argent, tout est actuellement mis en œuvre pour analyser les algorithmes de ces robots afin de les améliorer et d’encadrer les dérives orchestrées par les traders sans scrupule :
la SEC va s’associer au FBI pour accroître sa force de frappe. Les deux entités viennent de mettre sur pied une cellule d’analyse quantitative, composée de mathématiciens et d’informaticiens ayant passé plusieurs années à développer des algorithmes pour les banques. Ils seront chargés de traquer les abus provoqués par le trading haute fréquence et de décortiquer les formules mathématiques permettant aux acteurs financiers d’orienter le marché en leur faveur.
Et oui, ceux qui possèdent vraiment l’intelligence et sont capables de l’exercer, ce sont les humains. Des gens vont donc être payés pour analyser le code de ceux qui veulent tirer un avantage indu de l’algotrading. Et l’on voudrait nous faire croire que le trading algorithmique serait l’illustration de cette “sournoise et expansive délégation de pouvoir aux machines” emblématique de l’administration numérique du monde ?
Les algorithmes financiers ont si peu de pouvoir qu’on est en train de les reprogrammer pour leur faire faire uniquement ce que veulent les hommes. Preuve que les hommes ne délèguent rien de leur pouvoir. Ils demandent juste aux machines de calculer plus vite que leur cerveau afin d’atteindre leurs objectifs à eux :
Parmi les idées de réforme : l’interdiction d’annulations d’opérations en un temps record, qui créent une distorsion de l’information, ou alors le retour à la seconde comme unité maximale de temps du trading.
L‘intelligence humaine n’est en rien débordée par les machines. Celles-ci sont sous contrôle pour servir des finalités bien humaines, trop humaines. Dans la finance comme en tout le reste, seuls les humains prennent des décisions, les machines ne sont que le bras. Ne me dites que vous aviez cru que les algorithmes pouvaient prendre des décisions à notre place ? Nous ne sommes pas dans Matrix et, à proprement parler, l’intelligence artificielle n’existe pas.
Aujourd’hui, j’ai tenté d’écrire une lettre manuscrite. Cela ne m’était pas arrivé depuis des années. J’ai bien cru mourir de la main et j’ai abandonné. Lenteur, douleur, inefficacité, pauvreté dans le traitement des idées, tout cela à cause de cette inertie corporelle sur le papier. Pas de copié/collé, pas de glissé/déposé, pas de puzzle de phrases dispersées à ré-assembler pour faire texte, pas de CNRTL à portée de clic. J’ai même redécouvert qu’il faut se concentrer pour écrire droit sinon ça ne se fait pas tout seul !
En un mot, la prison. Un sentiment d’écriture carcérale. Tant d’efforts cognitifs perdus à être agile de la main au lieu d’être agile de l’esprit. Sans que je sache pourquoi, le clavier m’est devenu une main plus puissante que mes dix doigts. Je n’écris plus rien sur le papier, cela ne va pas assez vite pour moi. Le fil de mes idées est très rapide, c’est comme ça, et mes mains ne peuvent pas suivre (j’écris beaucoup plus vite avec un clavier). Pour la prise de notes, c’est pareil. J’en prends tout le temps, toute la journée, sinon j’oublie tout. J’ai trouvé la solution parfaite depuis que l’appli Google Drive est arrivée. Synchronisée en temps réel avec mon ordinateur, elle me permet d’avoir un carnet de notes à jour partout, où prennent forme mes articles et mes livres. Dans la rue, dans les lieux où je travaille, aux toilettes, je n’arrête pas d’écrire. Mon iPhone est mon meilleur carnet de notes.
Chacun, bien sûr, a son rapport au papier. Beaucoup en ont besoin. Mais dans le monde du travail, écrit-on encore à la main ? Pour moi, l’écriture est un travail, constant, naturel, inné. J’ai besoin qu’il soit efficace, rapide, puissant. Alors, oui, je suis pour l’introduction de la dactylographie informatisée à l’école primaire et je ne serais pas surpris qu’un jour l’humanité abandonne complètement l’écriture manuscrite pour l’écriture numérique. Comme l’âge de fer a succédé à l’âge de bronze. Comme le livre et le crayon ont succédé à la tablette d’argile et au calame.
Lors de sa sortie, l’un des reproches qui a été adressé à mon Court traité du design fut celui de ne pas citer un certain nombre de travaux spécialisés de chercheurs et d’érudits et d’oser déclarer que le design “n’a encore jamais produit une théorie de lui-même, comme l’art a pu le faire”. Bien que mon petit livre a été conçu comme une introduction théorique et non comme un grand traité définitif (le titre était pourtant clair), d’aucuns ont fait semblant de ne pas comprendre, en vue de montrer l’ampleur de la culture qu’ils avaient acquise.
Pourtant, même les plus érudits des rares chercheurs en design savent combien la théorie du design est pauvre. Dans le dernier numéro de Design Issues, Bruce Brown, Richard Buchanan, Carl DiSalvo, Dennis Doordan et Victor Margolin, les rédacteurs en chef de la célèbre revue publiée par MIT Press, me donnent largement raison quand ils écrivent, dès les premiers mots de l’introduction :
Dans les années 1960, quand une poignée de théoriciens ont lancé le mouvement des Design Methods, il semblait que les contours d’une théorie singulière du design allait être construite et qu’elle deviendrait un cadre de référence pour tous les travaux théoriques ultérieurs. Mais cela n’a pas eu lieu. À la place de cela, ce qui s’est produit, c’est l’émergence d’un champ de recherche en design hautement pluraliste, sans point fixe central, avec un large éventail de thèmes et de questions en évolution permanente. À partir de ce champ multipolaire, a surgi une communauté active de chercheurs qui tentent d’inventer un cadre d’enquête au fil de l’eau. Plutôt que de rechercher une théorie globale du design, ils ont cultivé des centres d’intérêt particuliers, qui forment de nouveaux noeuds d’investigation (1).
De nouveaux noeuds d’investigation, oui. Mais toujours pas de théories globales du design, comme en arts ou en sciences. Seulement des travaux particularistes et dispersés, certes très érudits. Est-ce que le message passe mieux quand les Américains de MIT Press le disent ?
À bon entendeur, salut !
(1) Design Issues, vol. 29, no. 2, printemps 2013, p. 1, traduit par moi.
La psychanalyse sauve des vies. Cela ne fait aucun doute. Quiconque en a une expérience consistante le sait. Mais la psychanalyse devient aussi une vieille chose qui radote. Son potentiel innovant s’estompe car elle vit trop repliée sur elle-même (elle souffre d’endogamie intellectuelle). Nous avons besoin qu’elle se réveille, qu’elle se remette au travail, qu’elle redevienne créative, drôle, géniale, puissante - comme elle sait l’être, comme elle l’est au fond - en dialoguant avec toutes les disciplines du monde contemporain.
On attend le prochain Lacan, celui qui apportera à la psychanalyse sa nouvelle mise à jour, en l’accordant avec le XXIe s., c’est-à-dire avec les études sur le genre, le numérique, les sciences cognitives, le mariage pour tous, etc., tout cela dans une synthèse créative drôle, originale, contemporaine. Ce sera peut-être une femme, ou peut-être un(e) homosexuel(le).
Bref, on attend.
À ceux qui en doutaient encore, le dualisme numérique est un fantasme erroné et dangereux. Paul Miller (@futurepaul) en donne une belle preuve. Croyant qu’il trouverait son “vrai moi” en se déconnectant d’Internet pendant un an, il s’est perdu. Il a perdu les autres. Il a perdu Autrui. Aujourd’hui, il le raconte pour The Verge (qui a bien orchestré le buzz de l’expérience depuis le début), il est de retour sur Internet et ses paroles sonnent comme de belles vérités vécues, qui confirment ce que quelques uns d’entre nous savent déjà et défendent ardemment : il n’y a pas de différence entre le réel et le virtuel.
La preuve par la parole. Florilège. En anglais.
“I’m still here: back online after a year without the internet.”
“But without the internet, it’s certainly harder to find people.”
“I can tell you that a ‘Facebook friend’ is better than nothing.”
“This March I went to, ironically, a conference in New York called Theorizing the Web. It was full of post-grad types presenting complicated papers about the definition of reality and what feminism looks like in a post-digital age, and things like that. At first I was a little smug, because I felt like they were dealing with mere theories, theories that assumed the internet was in everything, while I myself was experiencing a life apart. But then I spoke with Nathan Jurgenson, a ‘net theorist who helped organize the conference. He pointed out that there’s a lot of “reality” in the virtual, and a lot of “virtual” in our reality.”
“My plan was to leave the internet and therefore find the “real” Paul and get in touch with the “real” world, but the real Paul and the real world are already inextricably linked to the internet.”
“Not to say that my life wasn’t different without the internet, just that it wasn’t real life.”
“But the internet isn’t an individual pursuit, it’s something we do with each other. The internet is where people are.”
Vérité de Paul Miller. Fausseté de Sherry Turkle et Nicholas Carr. CQFD.
Source : The Verge
Le design, esthétique de l’objet ? Entretien sur France Culture avec Adèle van Reeth dans “Les Nouveaux Chemins de la Connaissance”, le 16 avril 2013.
Le design de notre expérience à l’heure de la révolution numérique. La vidéo de ma conférence au WIF 2012 est désormais disponible. C’était le 30 mai 2012, à Limoges.
Samedi 2 mars 2013, j’ai fait une présentation à New York dans le cadre de la conférence internationale Theorizing the Web. Organisé par Nathan Jurgenson (@nathanjurgenson) et PJ Rey (@pjrey) [oui, moi aussi, je me demande quel est son véritable prénom], tous deux doctorants en sociologie à l’Université du Maryland (Washington, D.C.), l’événement se tenait dans les locaux de l’École Doctorale (The Graduate Center) de l’Université de la Ville de New York (CUNY), sur la Cinquième Avenue, à Manhattan. Un cadre prestigieux et parfaitement équipé (aucun problème de Wi-Fi), qui a favorisé des échanges de grande qualité.
Ouverture de la conférence “Théoriser le Web 2013” à New York
Comme certains le savent, je suis speaker ce week-end à la City University of New York dans le cadre de la conférence Theorizing the Web. Cette conférence dure deux jours, ce vendredi 1er et ce samedi 2 mars 2013. Le premier jour, c’est l’ouverture avec les speakers invités, notamment Danah Boyd (dont la table ronde commence à minuit et demi heure de Paris ce soir). Le second jour, c’est-à-dire demain, samedi, 44 participants du monde entier se succèdent simultanément dans plusieurs salles et sous plusieurs thématiques. Début du premier talk ce soir à 22h30 heure de Paris, à voir comme tous les autres sur le video live stream.
Pour ceux que ça intéresse, mon intervention aura lieu demain, samedi 2 mars 2013, entre 18h30 et 19h45 heure de Paris, dans le cadre de la session 2 (room D) consacrée au dualisme numérique du réel et du virtuel. Mon intervention s’intitule “Il n’y a pas de différence entre le réel et le virtuel : une brève phénoménologie de la révolution numérique”.
Pour ceux qui voudraient twitter et réagir en direct, suffit de placer les hashtags #TtW13 #d2 pour ce qui concerne mon panel, sinon #TtW13 seul si c’est relatif à l’ensemble de l’événement.
Live vidéo des deux journées : lien direct
Dans une communication présentée au premier Symposium de recherche sur le design tenu à la HGK de Bâle sous les auspices du Swiss Design Network les 13-14 mai 2004, Alain Findeli propose une vision claire et salvatrice des différents modèles de recherche en design. Elle a été publiée en allemand dans Michel, R. (dir.), Erstes Designforschungssymposium, Zurich, SwissDesignNetwork, 2005, pp.40-51.
Pour rappel, Alain Findeli est actuellement professeur à l’Université de Nîmes (après l’avoir été à l’Université de Montréal), co-fondateur des Ateliers de la Recherche en Design, et membre du comité éditorial de la revue Design Issues aux MIT Press. Actuellement, en France, il est probablement le meilleur connaisseur des enjeux épistémologiques et méthodologiques liés à la question de la recherche en design.
Aussi, les trois modèles présentés dans cette communication, qui ont depuis fait l’objet de plusieurs publications dans des revues anglo-saxonnes, doivent être portés à la connaissance de tous, afin de favoriser le développement de la recherche française en design, quel qu’en soit le lieu. Je vous résume donc le propos.
1. La recherche pour le design
C’est le modèle qui correspond à ce qui est traditionnellement enseigné dans les écoles de design, au sein de la culture du projet. Il s’agit de considérer le processus de projet comme un processus de recherche par lui-même, qui aboutit à la production d’un dispositif (produit, objet, interface, service, système, espace, etc.). Ce modèle implique de se documenter sur les divers aspects (techniques, économiques, sociologiques…) d’un projet. Il correspond également à ce qui est pratiqué en entreprise, dans les centres de recherche dits de “R&D”. Ce type de recherche n’a pas pour but de produire des publications scientifiques, l’objet ou le dispositif résultant de la recherche se suffisant à lui-même pour témoigner des résultats de la recherche. En un mot, ce modèle regroupe celui de la “recherche-création” et celui de la “recherche et développement”.
Comme le souligne Findeli :
“Les acteurs de la “recherche-création” affirment pour leur part que, comme en art, l’objet résultant se suffit à lui-même pour témoigner des résultats de la recherche, et qu’il n’est pas nécessaire d’en exiger davantage de peur, croit-ils, de restreindre la créativité du concepteur. Quoiqu’il en soit, s’il ne fait aucun doute pour ses artisans que la recherche pour le design est bien de la recherche, il n’en va pas de même pour la communauté scientifique. Pourquoi ? Eh bien, parce que la plupart du temps, elle fait appel à des connaissances déjà disponibles et ne débouche pas sur la production de nouvelles connaissances, susceptibles d’enrichir le corpus scientifique. Elle est constamment à refaire, à l’occasion de chaque projet, car il n’y a pas d’accumulation de connaissances, seulement de savoir-faire, d’expérience pratique. Ce n’est donc pas son utilité, son intérêt ni sa nécessité qui sont en cause, mais son caractère non scientifique; non pas sa pertinence ni même sa rigueur méthodologique, mais sa valeur scientifique proprement dite”
Bilan : ce type de recherche est pertinent au plan créatif, mais il ne produit pas de résultats au plan scientifique. Il ne peut donc légitimement prétendre à intégrer le domaine de la “recherche scientifique”.
2. La recherche sur le design
Ce modèle correspond à ce qui se fait en matière de recherche en design dans les universités (bien que cela soit encore assez peu développé) ; il s’agit principalement d’une approche qui consiste à utiliser le point de vue, les outils méthodologiques et les cadres théoriques d’une discipline scientifique donnée pour éclairer des objets ou des phénomènes relevant du design. Par exemple : l’histoire de l’art, l’ergonomie, l’histoire sociale, la sémiotique, l’anthropologie, la psychologie cognitive, la sociologie, les sciences de gestion, le droit, les sciences de l’éducation, etc. Ce qui donne des recherches du type : sémiotique du design, sociologie du design, droit du design, etc. L’outil principal de cette manière de faire de la recherche est la publication d’un article de recherche dans une revue scientifique.
Comme le souligne Findeli :
“Il ne fait guère de doute que ces recherches satisfont aux critères de scientificité couramment utilisés dans ces disciplines respectives, et que leur qualité scientifique n’est pas en cause, en principe du moins. C’est plutôt leur pertinence qui fait problème auprès de la communauté du design, autant celle des praticiens.” En effet, “les questions qu’elles adressent au design sont avant tout des questions d’historiens, de sociologues, d’anthropologues, plus soucieux de faire avancer les connaissances dans leur discipline que d’éclairer la pratique du design et d’améliorer l’usage de ses produits.”
Alain Findeli considère ce modèle comme produisant de la “théorie faible”, trop “décollée de la réalité”.
Bilan : ce type de recherche est conforme aux canons de la recherche scientifique mais présente peu de pertinence pour le design car sa finalité est extérieure au design (il sert à faire avancer d’autres disciplines que celle du design).
3. La recherche par le design : vers la “recherche-projet”
Ce modèle est celui que défend Alain Findeli, sous le nom de “recherche-projet”. Il consiste à imaginer une forme de recherche qui soit à la fois recevable au plan scientifique et féconde pour les praticiens du design et les usagers. Il repose sur une critique des deux précédents modèles. En effet, la recherche pour le design est centrée uniquement sur le dispositif (le produit, le service, le système…) alors que “c’est l’être humain qu’il convient de placer au centre du projet en design” ; en outre, elle doit constamment être recommencée : il n’y a pas d’accumulation ou de progrès de connaissances. Quant à la recherche sur le design, elle n’est pas ancrée ou située dans les préoccupations des praticiens et des usagers, c’est-à-dire dans le projet ; en outre, elle tend souvent à privilégier les approches quantitatives au détriment des approches qualitatives qui ont plus de sens en design.
Que faut-il alors entendre par “recherche-projet” ?
Il s’agit d’un type de recherche ‘actif’, situé et engagé dans le champ d’un projet de design (d’où sa traduction anglaise : ‘project-grounded research’), le projet étant l’équivalent pour nous du “terrain” des sciences sociales et du “laboratoire” de la recherche expérimentale. On souhaite indiquer ainsi que pour penser juste en design, il faut penser “en action” et non dans une tour d’ivoire.
Pour Findeli, la recherche-projet est une recherche qui conjugue à la fois la “recherche-action”, la “théorie ancrée” (grounded theory) et la “recherche participative” (co-design). Cette conjugaison est le seul moyen de faire du design une discipline scientifique à part entière. Ainsi :
“c’est en disant des choses sur le monde qu’aucune autre discipline scientifique ne saurait dire ou dire aussi bien […] la recherche en design prouvera sa nécessité.” […] “C’est, en résumé, le monde comme projet humain à construire ou à préserver et le monde comme projet humain à habiter qui constituent l’objet privilégié de la recherche en design”.
Le projet devient alors moins lieu de création d’un objet qu’un processus ou une méthode pour proposer des expériences aux acteurs (théorie de l’éclipse de l’objet). La dimension humaine du design est ainsi placée au centre du processus de la recherche-projet, amené alors à choisir des objets de recherche en accord avec cette préoccupation centrale. Dans cette approche, l’homme est conçu selon Findeli comme un “homme-en-projet”. Cela rappelle l’idée sartrienne selon laquelle « L’homme n’est rien d’autre que son projet, il n’existe que dans la mesure où il se fait ». En ce sens, poursuit Findeli, la recherche-projet doit être considérée comme une forme de recherche fondamentale.
Il y a cependant un certain nombre de difficultés à surmonter pour y parvenir mais le chemin est encore long :
L’inquiétude principale de nos candidats-chercheurs, qui maîtrisent toutes et tous, il faut le rappeler, les outils de la pratique d’une des professions du design (sur un spectre s’étendant des arts à l’ingénierie), est qu’une telle acculturation scientifique les éloigne du design et vienne tarir leur créativité en situation de projet. En réalité, nous avons pu observer que c’est le contraire qui se produisait : l’effort - considérable pour certains - consenti pour acquérir la rigueur épistémologique et la discipline méthodologique indispensables à la production de connaissances valides et ‘publiables’ s’est traduit par un surcroît de force créative et imaginative dès leur premier retour en mode projet, et par la manifestation d’une sensibilité nouvelle que nous qualifions volontiers d’esthétique. On voit donc s’ouvrir ici un vaste champ de recherches possibles qui remettront en cause les modèles théoriques dominants et devenus presque inamovibles des domaines de la créativité et de l’esthétique. C’est en effet vers de toutes nouvelles conceptions de ces deux concepts centraux du design que nous nous dirigeons, conscients de la nécessité de réinventer le design et d’en fonder la pratique sur de nouvelles bases.
À titre personnel, je suis convaincu que ce troisième modèle est un modèle d’avenir pour la recherche en design, dont nous devons construire plus en détail la méthodologie et l’épistémologie. Le travail de philosophie appliquée au design que j’ai développé ces dernières années dans l’encadrement des mémoires de diplôme à l’École Boulle me semble, à un niveau toutefois plus modeste, aller dans ce sens. J’aurai l’occasion d’y revenir.
Paris, le 21 novembre 2012, en Sorbonne.
#1 Présentation
Madame la Présidente,
Mesdames et Messieurs les membres du jury,
Je tiens tout d’abord à vous remercier de l’intérêt que vous avez bien voulu porter à mon travail, en prenant part à ce jury et en me permettant de soutenir cette thèse de doctorat.
La recherche que je présente devant vous aujourd’hui est une recherche philosophique. Son objectif est de proposer un renouvellement conceptuel dans l’analyse philosophique de la technique en général et des technologies numériques en particulier.
Depuis vingt ans, en effet, le concept philosophique qui domine les études sur le numérique est le concept de virtuel. Ma thèse repose sur le postulat que ce concept, bien qu’il soit d’origine philosophique, n’est pas pertinent pour saisir philosophiquement la nature du phénomène numérique. C’est pourquoi la thèse consacre un chapitre entier à la déconstruction heuristique du concept de virtuel, que je ne fais qu’évoquer ici.
Vingt ans d’accoutumance quotidienne aux interfaces nous montrent que la dimension de la virtualité n’est qu’une dimension parmi d’autres dans les expériences que nous vivons avec les appareils numériques. Nous avons besoin de nouveaux concepts plus aptes à saisir la complexité philosophique du phénomène numérique et susceptibles d’éclairer plus en profondeur le sens de ce que nous éprouvons en face des interfaces.
C’est pourquoi ce travail de thèse propose d’introduire le concept général d’ontophanie. Ce concept, dont l’étymologie convoque la dimension de l’être (ontos) et de l’apparaître (phaïnô), témoigne de l’approche fondamentalement phénoménologique que j’ai adoptée dans ce travail. De manière générale, on peut dire que ma thèse est une méditation sur la technique et la perception. Le numérique y est étudié comme phénomène, c’est-à-dire comme ce qui apparaît et se donne au sujet à travers les interfaces.
Aussi, le principal résultat conceptuel auquel je suis parvenu et que je développerai dans cet exposé réside dans le concept général d’ontophanie technique (concept sur lequel se fonde en quelque sorte la philosophie première de ce travail) et dans sa déclinaison dans le concept particulier d’ontophanie numérique, qui est l’aboutissement principal de la thèse.
#2 La méthode
Le travail que j’ai mené se présente principalement comme un travail conceptuel. Cependant, il ne s’agit pas d’un travail purement spéculatif. Les concepts que je propose ont été mis au point de manière à pouvoir résister à l’épreuve de réalité. Et ce, en deux sens.
D’abord, l’épreuve de réalité professionnelle. Depuis bientôt dix ans, j’exerce en parallèle de ma carrière d’enseignant des fonctions de concepteur Web. Au début, j’étais ce que Bernard Stiegler appelle (au sens noble du terme) un « amateur », c’est-à-dire un contributeur qui goûte à ce qu’il fait autant qu’il est fait par ce qu’il goûte. De cette époque, je garde l’amour du travail bien fait et du code bien écrit. Aujourd’hui, je dirige une agence de design interactif et j’enseigne le multimédia dans un Master professionnel. Mon travail philosophique est donc constamment soumis à l’épreuve de réalité de mon métier, au sens où l’observation quotidienne de la matière numérique, de ses comportements, de ses réactions, de ses petites manies, est devenue pour moi un terrain empirique que je présuppose constamment. Et je le revendique. Mon objectif dans ce travail n’est pas de créer uniquement des concepts pour les philosophes, mais de créer des concepts philosophiques opératoires, que chacun peut mettre à l’épreuve de son expérience numérique pour tenter d’en saisir l’originalité et la complexité propres.
Ensuite, l’épreuve de réalité historique. Ma thèse fait une large part au travail des historiens. Il ne s’agit pas seulement de puiser dans l’histoire des exemples concrets nécessaires à mes démonstrations — ce qui permet déjà d’ancrer mon propos dans une certaine positivité. Il s’agit surtout d’un véritable choix de méthodologie philosophique. Je cherche à fonder ma philosophie de la technologie sur le matériau objectif de l’histoire des techniques, tout comme chez Bachelard l’épistémologie se fonde sur le matériau objectif de l’histoire des sciences. Ne jamais dissocier le propos philosophique du matériau historique, tel est le principe méthodologique que j’ai essayé de suivre pour ne jamais tomber dans l’écueil spéculatif ou, pire, dans l’écueil idéologique. C’est pourquoi les concepts que je développe sont constamment rapportés à des situations tirées de l’histoire des techniques et, en particulier, de l’histoire des appareils numériques.
Par conséquent, pour bien saisir la démarche de ma thèse, il faut ajouter à la dimension phénoménologique une dimension d’épistémologie des techniques, fondée sur une connaissance et une expérience de première main du terrain numérique.
#3 La problématique générale de l’ontophanie
Tout le monde parle aujourd’hui de « révolution numérique ». C’est presque un fait social de vocabulaire. Mais qu’est-ce qui nous autorise à parler précisément de révolution ? En quoi les changements induits par les technologies numériques méritent-ils d’être considérés comme révolutionnaires ? Pourquoi ce mot ? Qu’est-ce qui se renverse et se bouleverse, se réforme et se transforme, se déplace et se remplace dans ce qu’on appelle la « révolution numérique » ? En un mot (et c’est là la question la plus générale à laquelle la thèse tente de répondre) : de quoi la révolution numérique est-elle la révolution ?
La réponse peut tenir en une phrase : du point de vue phénoménologique, ce qui se renverse et se transforme dans la révolution numérique, ce dont nous procédons au remplacement, ce sont nos structures perceptives. Telle est ma thèse. À travers l’adoption au plan socio-historique d’un nouveau système technique (en l’occurrence, celui que j’appelle le système technique numérique), nous adoptons au plan phénoménologique une nouvelle matrice ontophanique (en l’occurrence, celle que j’appelle l’ontophanie numérique). En ce sens, la révolution numérique, comme toute révolution technique, est une révolution ontophanique, c’est-à-dire un ébranlement du processus par lequel l’être nous apparaît et, par suite, un bouleversement de l’idée même que nous nous faisons de ce qui est réel. C’est pourquoi la révolution numérique contient une certaine violence phénoménologique : elle introduit dans nos existences un véritable choc perceptif.
Dès lors, on peut dire la révolution numérique fonctionne comme une révélation numérique. Elle nous révèle que nous ne sommes pas seulement entourés d’objets objectivement techniques. Elle nous révèle que nous sommes déjà des sujets subjectivement techniques (ou technifiés). Elle nous révèle que notre rapport-au-monde, comme rapport phénoménologique aux choses mêmes, est fondamentalement conditionné par les techniques de l’époque dans laquelle nous vivons. Comme le moule coule le plastique, les techniques coulent nos perceptions et notre culture matérielle de référence coule notre capacité particulière à être-au-monde.
Tel est le sens du concept d’ontophanie technique, que j’ai forgé à partir du concept bachelardien de phénoménotechnique. La phénoménotechnique, qu’est-ce que c’est ? C’est justement l’idée que les techniques engendrent les phénomènes. Dans la physique quantique, par exemple, c’est seulement quand on met en marche les appareils que les phénomènes apparaissent. L’idée d’ontophanie technique est donc simplement l’idée d’une phénoménotechnique généralisée, c’est-à-dire étendue à tous les phénomènes, bien au-delà de la science. C’est l’idée que le fait d’apparaître comme une chose, le fait d’être phénomène, est un processus phénoménotechnique en soi. Les objets ou dispositifs techniques sont tous des appareils, c’est-à-dire des machines phénoménotechniques ou machines à faire apparaître le monde. Et l’ensemble des machines phénoménotechniques d’une époque donnée constituent ce que j’appelle une matrice ontophanique. En ce sens, toute perception est le fruit d’une machination technique.
Sans doute cela était-il déjà visible avant les appareils numériques. Mais en nous apportant des « perceptions d’un monde inconnu » (pour reprendre une formule de Bachelard à propos de la microphysique), les interfaces numériques ont profondément bouleversé la culture ontophanique dans laquelle nous avions pris l’habitude de vivre. Pourquoi ? Parce qu’elles nous ont mis en présence de nouvelles formes de l’être, telles que les procédures algorithmiques et interactives (que nous pratiquons à travers nos interfaces) ; telles que les icônes et les avatars (que nous utilisons dans nos différents environnements simulés) ; ou telles que les innombrables actions de connexion, navigation, notification, et j’en passe (que nous pratiquons sur les réseaux). Bref, les interfaces numériques ont modifié nos habitudes phénoménologiques.
S’interroger philosophiquement sur la révolution numérique, c’est donc tenter de comprendre en quoi consiste cette nouvelle phénoménologie du monde, celle de la matière calculée, celle que j’appelle l’ontophanie numérique.
Quel est l’être des êtres numériques ? Et que font-ils à notre être ?
Telles sont les questions fondamentales auxquelles cette thèse tente de répondre en postulant que l’être est toujours une construction anthropotechnique, qui implique la culture matérielle d’une époque donnée.
#4 La théorie des révolutions techniques
J’en viens maintenant à la théorie des révolutions techniques qui sous-tend toute la thèse.
Si mon propos est principalement phénoménologique, il ne prend son sens que grâce au socle épistémologique sur lequel il s’appuie. Ce socle, c’est celui de la théorie des révolutions techniques. Cette théorie, je la fais émerger de la rencontre entre deux grands ouvrages : d’un côté, l’Histoire des techniques (1978) de l’historien français Bertrand Gille et de l’autre, La structure des révolutions scientifiques (1962) de l’épistémologue américain Thomas Kuhn, dont le titre a d’ailleurs inspiré le titre de ma thèse.
Dès lors, si j’accorde une large place à la conception gilléenne de l’histoire des techniques, c’est parce que je ne la considère pas uniquement comme une histoire. L’histoire des techniques selon Bertrand Gille a une valeur philosophique. Grâce à la notion de système technique, elle offre un traitement problématisé de l’histoire des techniques qui s’apparente en tout point à une philosophie de l’histoire (comme on trouverait par exemple chez Marx). À ce titre elle est au moins autant une épistémologie des techniques qu’une histoire des techniques (1). En un mot, je considère qu’il faut lire Bertrand Gille comme on lit un philosophe.
Tout l’effort de la première partie de la thèse consiste alors à extraire de Bertrand Gille cette épistémologie des techniques qui ne demande qu’à émerger. Ce faisant, je suis fidèle à la méthode bachelardienne que je me suis fixée et qui consiste, comme je l’ai dit, à ne jamais dissocier le propos philosophique du matériau historique. Pour y parvenir, je me réfère au travail de Thomas Kuhn que j’applique aux idées de Bertrand Gille, en procédant à un raisonnement par analogie. Ce raisonnement, c’est le suivant : une révolution technique correspond à un changement de système technique au sens de Bertrand Gille, tout comme une révolution scientifique correspond à un changement de paradigme au sens de Thomas Kuhn. Dès lors l’histoire des techniques peut être lue comme une histoire des révolutions techniques, c’est-à-dire comme la succession mi-substitutive mi-cumulative des différents systèmes techniques.
Néanmoins, pour que la théorie soit complète, il faut ajouter la couche phénoménologique : ce que je défends, c’est qu’à chaque révolution technique, il ne se produit pas seulement une révolution systémique (i.e. un changement de système technique), il se produit également une révolution ontophanique (i.e. un renouvellement des structures de la perception). Parce que, dans chaque cas, le simple fait d’apparaître — c’est-à-dire la manifestation pure ou ontophanie — consiste à se donner au sujet selon des qualités perceptives entièrement conditionnées techniquement.
Regarder le ciel dans le silence vivant des mécanismes de bois et d’eau à la Renaissance ou regarder le ciel à l’heure de la machine à vapeur et de l’omniprésence du métal, ce n’est pas faire la même expérience qualitative du ciel qu’à l’heure des interfaces numériques, où nous ne levons presque jamais le nez vers le ciel étant donné l’immersion dans nos écrans (sur lesquels il peut néanmoins ré-apparaître comme fond d’écran).
L’être-au-monde possible issu de l’ontophanie éotechnique, marqué par le silence des instruments et la proximité charnelle de la nature, n’est donc pas le même que l’être-au-monde possible issu de l’ontophanie mécanisée, marqué par la violence des machines et la mécanisation généralisée de l’existence, ni même que l’être-au-monde possible issu de l’ontophanie numérique, déterminé par la rapidité du calcul, la fluidité d’exécution des procédures et l’immersion dans les interfaces. La technique est donc bien une forme où se coule la perception. Chaque système technique crée des conditions ontophaniques différentes.
Et c’est exactement ce qui se produit depuis une quarantaine d’années avec la révolution numérique. En s’imposant comme nouvelle structure historique, le système technique numérique introduit dans notre rapport aux choses mêmes une nouvelle structure phénoménologique : celle de l’ontophanie numérique.
#5 L’ontophanie numérique
C’est à elle que je consacrerai le dernier temps de mon exposé. Toutes les grandes révolutions techniques de l’histoire s’accompagnent d’une certaine violence. La révolution mécanique du XIXe siècle nous avait heurtés par sa violence sociale. La révolution numérique d’aujourd’hui nous heurte par sa violence phénoménologique. Elle introduit dans notre rapport aux choses mêmes de nouvelles possibilités perceptives qui sont tout aussi inouïes qu’improbables — mais pourtant bien réelles. Ces nouvelles possibilités forment ce que j’ai appelé les onze caractéristiques de l’ontophanie numérique (auxquelles, à vrai dire, j’ajouterais bien aujourd’hui une douzième : l’inusabilité ou impérissabilité). Leur définition et présentation rigoureuse constituent le résultat principal de la thèse.
Il n’est évidemment pas question de les présenter toutes ici à nouveau. Je relèverai seulement le caractère thaumaturgique des phénomènes numériques tel qu’il émerge de l’analyse de plusieurs de ces caractéristiques. Ce que j’appelle la thaumaturgie du phénomène numérique, c’est son caractère surnaturel et miraculeux, du moins tel qu’il s’offre à la perception de l’usager. Reproductibilité instantanée et infinie. Réversibilité constante des expériences. Auto-destructibilité spontanée des données. Fluidité généralisée des procédures. À l’heure numérique, la lourdeur du monde ancien a disparu. Tout semble facile, léger, immédiat, simple. La vie numérique, c’est la vie à l’état « gazeux » (pour reprendre une vieille formule de Philippe Quéau), c’est-à-dire sans la résistance d’autrefois (exemple : de la poste à cheval au SMS). Le phénomène numérique nous a libérés d’une part importante de la capacité de la réalité à nous résister.
L’exemple le plus marquant se trouve peut-être dans la nouvelle ontophanie d’autrui qui nous est donnée aujourd’hui, ce que j’appelle l’autrui-phanie — c’est-à-dire la manière dont l’autre nous apparaît. L’autruiphanie téléphonique nous avait appris à nous parler sans nous voir (la voix humaine dans une boîte de bois électrifiée, sans le face à face du visage). L’autruiphanie numérique nous apprend à communiquer sans nous parler et sans nous voir, grâce aux différents formes du « texting ». Cette nouvelle autruiphanie participe de la thaumaturgie numérique généralisée : autrui est désormais constamment à notre disposition, comme par magie, dans les quantités que nous désirons, quand nous le désirons. Tel est l’un des points frappants du choc phénoménologique dans lequel nous vivons.
Et si l’on en croit la psychologue américaine Sherry Turkle, à laquelle je me suis beaucoup référé, on n’a pas fini de s’en remettre. Car, comme elle le dit dans une conférence récente, (je cite) « nos petits appareils de poche sont tellement psychologiquement puissants (psychologically powerful) qu’ils ne changent pas seulement ce que nous faisons, ils changent ce que nous sommes » (2). Au fond, je crois que ce que j’ai cherché à démontrer dans cette thèse tient dans ces mots : les appareils numériques sont « psychologiquement puissants ».
#6 Conclusion sur le design et l’ontophanie numérique
Aussi, pour conclure, je terminerai en rappelant le rôle fondamental du design dans la constitution créative de l’ontophanie numérique et, par conséquent, dans la qualité phénoménologique de notre existence à l’ère numérique. À l’ère numérique plus que jamais, la qualité de notre expérience d’exister dépend de la qualité des appareils qui nous entourent et de la manière dont ces appareils, en tant qu’instruments phénoménotechniques, font le monde et nous le donnent — ou pas.
Dans cette perspective, en tant qu’activité phénoménotechnique, le design occupe une place singulière : il est intentionnellement factitif, au sens où il est animé par l’intention de faire-être et de faire-faire, c’est-à-dire l’intention d’engendrer de nouvelles ontophanies et de nouvelles expériences possibles. Quand le designer Gaetano Pesce en 1969 conçoit le fameux fauteuil « Up5 » en l’imaginant comme une femme dans laquelle on s’enveloppe, il produit un effet de design (3) dans toute sa dimension d’effet ontophanique. Le designer est un projeteur d’ontophanie dont le rôle est d’engendrer des régimes d’expérience inédits. Et cela n’est jamais plus vrai qu’à l’heure où nous changeons de matrice ontophanique.
Voilà pourquoi la révolution numérique n’est pas seulement un événement phénoménologique qui nous affecte. Elle est aussi un événement phénoménologique que nous avons à faire. Elle se sculpte et se façonne, la révolution numérique, dans les projets des designers(4), et au-delà d’eux, elle rouvre le champs des possibles à tous les contributeurs que nous sommes. En un mot, elle nous offre la possibilité créative de travailler à refaire le monde, c’est-à-dire à créer de l’être.
Je vous remercie de votre attention.
Stéphane Vial
Liens
Notes
(1). Bertrand GILLE, « La notion de “système technique” (essai d’épistémologie technique) », Culture technique, n°1, Centre de recherche sur la culture technique, Neuilly-sur-Seine, 1979.
(2). Sherry TURKLE, « Connected, but alone? », TED, Mars 2012, [En ligne], URL : http://www.ted.com/talks/sherry_turkle_alone_together.html
(3). Concept développé dans mon ouvrage Court traité du design, Paris, PUF, 2010.
(4). Le travail d’Etienne Mineur, designer numérique innovant, est à ce jour, en France et dans le monde, l’un des plus remarquables qui soit pour tenter de donner du sens aux interfaces numériques mobiles avec lesquelles nous vivons.
Aujourd’hui, un début de discussion intéressant sur Twitter entre Clément Gault (@designrecherche) et moi (@svial), qui méritait un peu de publicité pour tous ceux qui, dans le monde (institutionnel) du design franco-français, ont été “décontenancés” (Azimuts, n°36, p. 434) par mon Court traité du design (PUF, 2010). Explications.
Stéphane Vial (tweet) : La recherche française en sciences du design est d’une pauvreté à pleurer. Merci à Jocelyne Le Boeuf pour ce billet.
Clément Gault (tweet) : Oui, mais c’est qd même curieux que vous découvriez si tardivement Cross, Frayling et Findeli…
Stéphane Vial (tweet) : Ce que je trouve plus curieux, c’est que ceux qui les connaissent les fassent si mal connaître… la France dans son bocal…
Clément Gault (tweet) : Tout à fait d’accord avec vous ! Doit-on comprendre un mea-culpa de votre part ?
Stéphane Vial (tweet) : Je vous vois venir depuis le début avec vos gros sabots. Ce poil à gratter narcissique est so frenchy. J’aurais commis une faute ?
Clément Gault (tweet) : Simplement, écrire un livre expliquant qu’il n’y a pas de théorie en design et 2 ans plus tard, découvrir les écrits d’Alain Findéli…
Stéphane Vial (tweet) : Un pionnier ne fait pas à lui tout seul une école de pensée. Il n’y a pas de théorie du design en France. Construisons-la.
(tweet) : Mon livre était une piqûre socratique. Une pointe d’ironie kierkegaardienne dans le coeur narcissique français.
(tweet) : Il faut maintenant choisir : continuer de se regarder le nombril pour voir qui est le plus fort ou devenir un peu sérieux.
(tweet) : Ce qui m’intéresse, c’est de faire avancer la recherche française en design. Elle méritait de se prendre une claque.
(tweet) : Les français sont champions pour faire la leçon du haut de leur bocal. L’heure est de produire des résultats. Ensemble !
(tweet) : Il faut nous doter de revues scientifiques dignes de ce nom et fédérer notre communauté de chercheurs en design. Union.
Clément Gault (tweet) : Oui, tout à fait, dans les actions à mener je vous suis à 100%. Après, il serait aussi tout à fait pertinent de publir à l’étranger.
Stéphane Vial (tweet) : Oui. J’y travaille et nous devons y travailler tous. Nous devons faire ce que la DRS a fait en Angleterre en 30 ans.
Clément Gault (tweet) : Le plus dur restera de fédérer un minimum, y’a pas mal d’actions isolées (Parsons, les labs d’interaction, les post diplome, etc).
Stéphane Vial (tweet) : On n’y arrivera pas de manière globale et unique. La France est trop divisée (écoles d’art / universités / institutions).
Clément Gault : +1 y a déja un souci du fait que le design soit enseigné dans tant de réseaux différents.
Stéphane Vial (tweet) : Il faudrait arriver à constituer des pôles ayant une force de frappe (et une culture) scientifique suffisantes.
(tweet) : Pour ma part, je suis désormais dans le camp de l’université. Mon expérience montre que c’est LE lieu de la recherche.
(tweet) : ll faut créer des revues scientifiques de recherche en design qui obéissent aux normes scientifiques internationales.
(tweet) : Au fait, dans mon livre, il y avait aussi des propositions théoriques :) [ajout] Devinez qui s’y est intéressé : les universités (mais pas les écoles d’art et de design), les professionnels (mais pas les institutions du design), les Ateliers de la Recherche en Design (Alain Findeli, Brigitte Borja de Mozota, Bernard Darras) *, mais aussi la Suède et la Corée, où l’ouvrage a été immédiatement traduit, et même un papier danois publié dans Design Issues.
* rares français à publier à l’étranger.
La conversation a été rejointe ensuite par Nicolas Nova (@nicolasnova) et Charlotte Poupon (@charlottepoupon). Les énergies sont positives. C’est de bon augure.
Aujourd’hui, sur Écrans, un site de Libération.fr, Serge Tisseron publie une tribune intitulée “Le droit à l’oubli sur Internet : une idée dangereuse”. J’aime beaucoup le travail de Serge Tisseron, qui a été pour moi comme pour toute une génération de jeunes chercheurs sur le numérique une source riche d’enseignements.
Néanmoins, je crois que, dans cet article, Serge Tisseron se trompe. Ce qui me dérange, ce n’est pas tant la thèse (troublante) de l’article selon laquelle il ne serait pas nécessaire de pouvoir effacer des données sur Internet (d’ailleurs, c’est parfaitement possible, et ce, depuis les origines du Web), mais plutôt les arguments qui sont employés pour soutenir cette thèse, et qui me semblent s’inscrire dans une vision-conception du numérique ancrée dans le modèle aujourd’hui dépassé du “virtuel”.
Voici le passage qui pose problème dans ce que dit Serge Tisseron :
Du coup, il faut élever les enfants avec l’idée que le monde de la vie et celui d’Internet sont deux espaces totalement différents : l’un est organisé autour du corps vécu et du moment présent, l’autre autour des images et des traces. En fait, Internet est même un troisième monde : ni vraiment celui du sommeil pendant lequel nos rêves nous échappent et ne sont connus que de nous-mêmes ; ni celui de la veille dans lequel notre corps est engagé au cours de relations dont chacun garde le souvenir au même titre que moi. Internet est un troisième monde dans lequel je peux mettre en scène mes rêves, mais d’une façon qui implique les autres. C’est en quelque sorte une manière de rêver à visage découvert ou, si on préfère, à esprit ouvert.
L’idée de deux mondes séparés est une erreur. Plus le temps passe, plus nous vivons exactement le contraire, au sens où nous faisons l’expérience de deux mondes profondément intriqués l’un dans l’autre. Nous autres designers interactifs, qui faisons le numérique au quotidien et vivons au contact rapproché de la “matière calculée”, nous le savons plus que quiconque (voir par exemple le travail innovant d’Etienne Mineur aux Éditions Volumiques). Aussi, j’adhère encore moins à l’idée d’un “troisième monde”, particulièrement trompeuse, et à mon avis très peu efficace sur le plan éducatif.
Et puis Serge Tisseron semble penser que le corps n’est pas engagé dans l’expérience numérique. C’est faux, il est engagé, mais au sein d’une expérience du monde que j’appelle pour ma part une expérience à “aura phénoménologique” faible. J’ai développé ce concept dans ma récente thèse de doctorat en philosophie intitulée La structure de la révolution numérique et centrée sur une approche épistémo-phénoménologique des technologies numériques.
En outre, quand Serge Tisseron affirme que “les jeunes risquent de finir par croire qu’ils peuvent les effacer [les données personnelles indésirables] pareillement dans leur propre esprit, voire dans leur vie”, il se trompe encore en sous-estimant (lui qui paradoxalement n’oublie jamais de rappeler, à juste titre, les ressources intellectuelles importantes des enfants) la capacité de chaque nouvelle génération à assimiler ce que j’appelle une nouvelle “ontophanie technique”. Je ne crois pas du tout qu’un adolescent confond le monde de son propre esprit avec le monde de l’Internet.
En bon disciple de Serge Tisseron, je pense qu’il a toutes les ressources pour faire la différence entre la vie psychique et la vie numérique. Tout comme il fait la différence entre la vie psychique et la vie téléphonique, la vie psychique et la vie photographique, la vie psychique et la vie télévisuelle, ou encore entre la violence imaginaire des jeux vidéo et la violence réelle (n’en déplaise à Claire Gallois)…
Bien que je sois l’un des rares philosophes entièrement acquis à la conception psychanalytique de l’humain, les psychanalystes me semblent de plus en plus être les derniers à croire encore à la notion de “virtuel”. Celle-ci est datée d’une époque où nous avions peur du cyberespace comme d’une espèce distincte de réalité. Pour moi, la croyance au virtuel relève d’une croyance platonicienne à la métaphysique d’un monde séparé. Il n’y a pas de “différence entre le réel et le virtuel”. Ceci est une vulgate philosophique qui induit tout le monde en erreur.
Je le démontrerai dans de prochaines publications et serai bien entendu ravi d’en discuter avec vous à l’occasion, cher Serge Tisseron :)
Dans le magazine Victoire du vendredi 20 octobre 2012, le luxueux supplément du quotidien belge “Le Soir”, retrouvez un bel article sur la “Philo du design” dans lequel Julie Luong, qui a lu attentivement mon Court traité du design (une journaliste qui fait réellement son travail), fait la part belle à mes modestes hypothèses en matière de philosophie du design. Merci à elle. L’article est reproduit en ligne sur le site du journal “Le soir”. Cliquez ici pour le lire
Vous êtes les bienvenus vendredi prochain, 26 octobre 2012, dans le très bel Imaginarium de Tourcoing pour la première journée du concours-colloque “Design For Change”, où j’interviendrai aux côtés de Gaetano Pesce, invité d’honneur, sur la question “Qu’est-ce que le design ?”. Plusieurs tables rondes se succéderont, sur des thèmes tels que l’agriculture urbaine, les ambiances, le droit à la différence.
Aujourd’hui, j’ai officiellement déposé à l’université Paris Descartes le manuscrit de ma thèse de doctorat en philosophie. Elle s’intitule La structure de la révolution numérique et tente de proposer une nouvelle approche en philosophie de la technologie. Je peux dire qu’à mes yeux, je n’ai à ce jour rien écrit de mieux. Reste à savoir ce qu’en pensera le jury. La soutenance aura lieu cet automne à la Sorbonne. J’espère qu’elle pourra être publiée rapidement afin d’en discuter et d’en débattre avec vous.
Ce samedi 1er septembre 2012, je m’entretenais avec Bernard Fornas, PDG de Cartier, au sujet du luxe. C’était au bonheur des dames uniquement (du moins en apparence), dans le Figaro Madame no. 79, p. 177. Merci à Morgane Miel et Philippe Nassif. Lire la version en ligne
En marge du WIF 2012, Etienne Mineur sur le jeu, le numérique, la gamification, l’innovation. Avec la passion et la simplicité qu’on lui connaît. Le tout au micro de Damien Tenenbaum, merci. Une vidéo que je découvre seulement aujourd’hui. À voir et revoir.
La traduction coréenne de mon Court traité du design vient de sortir à Séoul, en Corée. Si vous lisez le Coréen, je vous invite à la commander en ligne sur kyobobook. Sinon, vous pouvez maintenant m’appeler 스테판 비알.
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When: Sat 2 Mar 2013 15:00 to 23:00
CET
Where: The Graduate Center, CUNY, 365 Fifth Avenue New York, NY 10016 USA
Event Status: confirmed
When: Tue 18 Dec 2012 18:00 to 20:30
CET
Where: 45 rue d'Ulm 75005 Paris
Event Status: confirmed
Event Description: Je donne une conférence intitulée "Les structures techniques de la perception : introduction au concept d'ontophanie" à l'Atelier Simondon, École Normale Supérieure, salle Cavaillès.
When: Mon 10 Sep 2012 18:30 to 20:00
CEST
Where: 74 rue du Faubourg Saint Antoine, Paris
Event Status: confirmed
When: Fri 8 Jun 2012 19:30 to 22:30
CEST
Event Status: confirmed
When: Tue 15 May 2012 09:00 to 10:00
CEST
Event Status: confirmed
When: Wed 16 May 2012 20:00 to 21:00
CEST
Where: 151 rue Montmartre, Passage des Panoramas, Paris
Event Status: confirmed
When: Wed 30 May 2012 14:30 to 16:00
CEST
Where: Limoges
Event Status: confirmed
When: Thu 26 Apr 2012 18:30 to 19:30
CEST
Where: Accès : Imaginarium - 99a, boulevard Descat (au croisement de la rue Edgar Quinet) à Tourcoing. Métro ligne 2 - Arrêt Alsace.
Event Status: confirmed
When: Fri 27 Apr 2012 09:00 to 10:00
CEST
Event Status: confirmed
When: Fri 11 May 2012 17:00 to 19:00
CEST
Where: ENSIEE / Évry
Event Status: confirmed
When: Thu 12 Apr 2012 10:30 to 11:30
CEST
Where: Université Paris Descartes
Event Status: confirmed
When: Tue 27 Mar 2012 13:30 to 16:00
CEST
Where: 15 avenue de la porte de Choisy 75013 Paris
Event Status: confirmed
When: Wed 1 Feb 2012 13:30 to 17:00
CET
Where: MSHA, 10 Esplanade des Antiles, Domaine universitaire, 33600 PESSAC
Event Status: confirmed
When: Wed 1 Feb 2012 13:30 to 17:00
CET
Event Status: confirmed
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